20 févr. 2015

... Que faudrait-il faire ?



Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en faire un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs des vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent les imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papier du Mercure François ?"...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?

Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !


Mais... chanter, Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre - ou faire un vers !
Travailler, sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire ! mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, mêmes des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter monter bien haut, peut-être, mais tout seul !


Edmond Rostand
Cyrano de Bergerac

En absolue toute modestie, malgré une montagne d'efforts pour en extraire quelque chose,
je me glisse entre les lignes et rêve d'y dissimuler mes mots.

19 févr. 2015

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Le regard

Juste avec les yeux...

Les blogs sur internet, c'est un peu comme ces bouts de papier qu'on trouve sur les bureaux, dans les tiroirs, au fond des poches. On pourrait tous les avoir écrits.

Mais chaque bout est nécessaire.
Réuni aux autres, ils proposent la carte d'un monde observé par nos regards. Analysé par nos regards.

La beauté d'une chose, ou du monde, qu'importe, n'est pas dans la chose, mais bien dans le regard. L'ouverture et l'acceptation présentes dans le regard. Juste avec les yeux. Le coeur. La peau. L'oreille. Juste avec les yeux. Le coeur...